Vie professionnelle : 5 âges, 5 étapes

Notre carrière aussi obéit à des cycles. A chaque âge ses remises en question, ses réorientations.

 25 ans : Surinvestir l’entreprise

Le premier job est une naissance. Il implique un changement d’image de soi et un changement d’environnement : renoncer à l’adolescence et au confort du domicile parental, choisir de s’identifier à un métier, à un secteur, à une entreprise avec ses rites et ses valeurs. Certains, incapables de faire ce deuil, se réfugient dans le statut d’éternel étudiant. D’autres foncent tête baissée dans la vie active. Ayant perdu leurs anciens repères, ils sur-investissent leur vie professionnelle sans l’avoir vraiment choisi et s’adonnent sans modération aux premières ivresses du travail salarié. Ils se sur-adaptent à l’entreprise, lui appliquent abusivement les seuls modèles qu’ils connaissent : celui de la famille (faire plaisir à son chef, être le préféré ou le rebelle, le second, etc.) ou celui de l’école (avoir de bonnes notes, préparer parfaitement ses dossiers, faire ses devoirs le dimanche à la maison…). Cette période engendre une intense fatigue physique : le changement de rythme biologique coïncide avec les premières responsabilités familiales. La plupart du temps, une étape importante est franchie lorsque le jeune professionnel se heurte à ses premiers échecs.

 30 ans : Surmonter ses premiers échecs

Toute l’entreprise est organisée de façon à gratifier celui qui y contribue, fût-ce au prix de son identité. Elle stigmatise le perdant, le loser, alors que l’échec remplit, dans la vie professionnelle, le même rôle que le principe de réalité dans le développement de la personnalité. C’est lui qui fonde réellement l’expérience et la compétence, qui permet de réaliser son potentiel, qui apprend à encaisser les coups et à dissocier l’objectif professionnel assigné de l’identité profonde de la personne qui, elle, est permanente.

Mais surmonter l’échec implique d’abandonner l’idée que tout dépend de notre propre volonté pour reconnaître humblement que le patron, les consommateurs, les collègues n’ont pas forcément le même raisonnement ni les mêmes objectifs et que l’on n’a pas toujours de prise sur eux. Être capable d’intégrer ou, mieux, de revendiquer ses échecs permet de passer une étape supplémentaire dans la vie professionnelle.

 40 ans : Assumer les responsabilités et la solitude du “chef ”

 C’est vers 40 ans que démarre la principale crise professionnelle qui prend parfois des allures de séisme. Elle coïncide souvent avec une remise à plat de tous les facteurs personnels : couple, famille, style de vie, etc. Le professionnel de 40 ans a quinze ou vingt ans de carrière au compteur. Il est en pleine possession de ses compétences. Il a acquis ses premiers cheveux blancs et ses premières responsabilités. Il a perdu quelques illusions sur l’entreprise (ce n’est ni une famille ni une maman), sur lui-même (« Je ne suis pas tout le temps parfait ») et sur les autres (« Ils ne fonctionnent pas tous comme moi »).

Devenir un  » chef  » – accéder à une responsabilité – impose, en effet, un nouveau deuil : celui d’être aimé. Quel que soit son niveau, le responsable fait l’expérience de la solitude. Combien de cadres compensent celle-ci par des comportements symptomatiques qui vont du  » donjuanisme  » à la névrose obsessionnelle, en passant par des crises de dépression, des somatisations, des épisodes maniaques. A la base, toujours le même phénomène de surinvestissement : la personne disparaît derrière sa fonction. Le  » que faites-vous dans la vie ?  » des dîners en ville borne l’horizon de la définition sociale au faire et au paraître. Le licenciement, la mutation imprévue seront vécus comme une perte d’identité. L’approche de la cinquantaine aussi.

50 ans : Accepter l’arrivée de challengers plus jeunes

A 50 ans, le professionnel voit arriver dans son environnement des challengers plus jeunes, plus actifs, sans états d’âme et mieux adaptés à un environnement qui change rapidement. Il lui faut donc, s’il veut conserver un territoire, changer encore une fois de rôle et se transformer en mentor. Beaucoup se reconvertissent dans le conseil, forment des jeunes, prennent des responsabilités socioprofessionnelles.

A trop faire le grand écart, pourtant, certains quinquagénaires se retrouvent loin de leurs compétences de base et incapables d’évoluer. 50 ans, c’est l’âge où l’on reste plus d’un an au chômage, incapable de se redéfinir et de surmonter la rupture ( » pressé comme un citron ! « ), c’est l’âge des placards dorés pour les dirigeants crispés sur leurs modes de fonctionnement obsolètes. Mais c’est aussi l’âge où, n’ayant plus rien à prouver, on ose enfin se lancer dans l’aventure d’une création d’entreprise ou d’un changement radical d’activité. Pour d’autres, qui vivent sur les maigres dividendes de trente ans de bons et loyaux services, l’approche de la retraite est vécue comme une véritable mort professionnelle.

60 ans : faire le deuil de sa carrière

La dernière grande crise de la vie professionnelle frappe entre 60 et 65 ans et vient, elle aussi, du décalage entre images interne et externe.

Les crises professionnelles, par essence transitoires, permettent de mûrir et de se renouveler. Mais il est également possible qu’elles débouchent sur une profonde remise en cause et fassent émerger des problématiques plus profondes, nécessitant une aide thérapeutique.

Or, si la plupart des gens acceptent de se faire aider pour résoudre leurs problèmes psychologiques, sexuels ou relationnels, ils restent trop souvent seuls face à leurs problèmes professionnels, comme si le travail et la maison appartenaient à des galaxies différentes. Ce clivage injustifié aboutit juste à faire traîner les choses des mois ou des années. La vie professionnelle fait partie de la vie : les mêmes causes y produisent les mêmes effets ; les solutions qui valent pour l’une valent également pour l’autre.

2 thoughts on “Vie professionnelle : 5 âges, 5 étapes

  1. Oui, que des beaux articles ici…
    Pour une fois je ne me sens pas concernée, je n’ai pas eu ce parcours ou juste une partie mais le mien, bien plus chaotique a fait de moi celle que je suis aujourd’hui😀

    J'aime

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