Comment reconnaître un pervers narcissique ? Mécanismes de l’emprise

Pervers narcissiques

Dominer l’autre et l’utiliser pour arriver à ses fins

Toutes les formes de perversion se manifestent par des abus. L’emprise est un abus de pouvoir et, avant tout une captation de la pensée de l’autre, une confiscation de son intelligence. Comme un guerrier, le prédateur part à la conquête du territoire de l’autre. Petit à petit, il grignote son espace, l’empiète pour finalement l’envahir totalement. Il est le maître d’un monde fictif, inaccessible à l’échange, à l’écoute, et à la remis en question. Comme le renard des contes populaires, il est un « illusionniste » rusé. Il use et abuse d’armes subtiles. Il a recours à toutes sortes de ficelle : l’esquive, la séduction ou l’intimidation. Pour ne pas dévoiler ses intentions réelles, il utilise la manipulation. En public, il virevolte passant d’un masque à un autre.

Il peut être Zorro ou un bon père de famille; un merveilleux docteur ou un brillant chef d’entreprise. Elle peut être la reine des amazones, une épouse modèle, mère irréprochable, une amie. Héros ou antihéros selon son auditoire, le renard (homme ou femme) n’a qu’un bu : captiver et attirer sa proie dans ses filets.

L’illusioniste embobine son entourage, l’endort à coups de bons mots ou d’apparents « bons sentiments ». Son charisme favorise les confidences qu’il peut ensuite utiliser pour empiéter sur le territoire de l’autre.

Mais s’il écoute parler les autres; lui-même ne se confie à personne et s’arrange pour ne répondre à aucune question personnelle. Pas question d’enlever son masque ou de risquer de sortir de sa cachette. C’est un excellent acteur, il a plusieurs visages et plusieurs scénarios à sa disposition. Virtuose des tours de passe, on ne sait ni à qui on a à faire, ni où il est, ni ce qu’il veut. S’il se sent approché, il n’a plus qu’à utiliser une de ses pirouettes pour faire une retraite tout en élégance : un trait d’humour désarmant, ou au contraire décapant, qui masque une attaque en règle.

Enfants, Caroline et Julien vivaient les repas familiaux du soir comme un supplice. Ils étaient dans l’attente que l’insupportable tension qui y régnait trouve un exutoire. Si leur père trouvait une cible en dehors de la sphère familiale, sur laquelle il se défoulait avec son prétendu sens de l’humour et des propos corrosifs, la soirée pouvait être « sauvée »!

Dans un couple, bien souvent, lorsque l’un est pervers de façon active, l’autre, en miroir, va l’être de façons passive. L’un est un dominant tyrannique, l’autre un dominé qui prend l’habitude de se soumettre. Ainsi Pauline participe activement à la mise en scène des rituels familiaux chaque soir et y enrôle ses enfants. Son objectif est de détourner l’attention de son mari ; mais, ce faisant, elle ne remet pas en cause ses outrances. A cela s’ajoutent les effets pernicieux de l’emprise à long terme : celui qui est vampirisé est tellement dévitalisé qu’il n’a plus la force de combattre la perversion omniprésente de son conjoint.

Les mécanismes de l’emprise : fascination, séduction, vampirisme

La rencontre avec une personne qui fonctionne dans le registre de la perversion est souvent vécue comme un véritable signe du destin, une évidence. L’évidence est le leurre de l’accroche perverse. Bien évidemment, il s’agit d’évidences trompeuses ! Le prédateur déploie une véritable propagande afin de séduire sa proie. Qu’il s’agisse d’une rencontre amoureuse, d’une relation amicale ou de travail, la démarche sera la même. Le séducteur fabrique une symbiose artificielle et provoquée : l’autre est soi ; l’autre est à soi. Au début de la rencontre, il pare sa proie d’atouts merveilleux : il s’agit de la flatter pour la conquérir. Couverte d’attentions et d’éloges, sa proie se sent portée aux nues, « comme sur un nuage ». À son insu, elle baisse la garde et renonce à toute vigilance : le séducteur devient irrésistible. Sa force de persuasion devient telle qu’il peut construire une mystification autour de leur rencontre jusqu’à faire croire que c’est un signe du destin : « Il n’y a pas de hasard » ! Ainsi sa proie est convaincue que cet être répond comme miraculeusement à toutes ses attentes, à ses manques, à ses blessures, qu’il peut tout entendre, tout comprendre. C’est comme s’ils s’étaient « toujours connus ».

Extrait de « Pour en finir avec les pervers narcissiques », Dominique-France Tayebaly,

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