Le cœur brisé

Le vieillard triste (Van Gogh, 1890)

Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. [Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince.]

Qui n’a jamais entendu l’histoire d’un voisin âgé qui décède quelques mois après sa femme ? Ou d’une grand-tante qui meurt après avoir perdu son fils ?

La sagesse populaire dira qu’ils ont eu « le cœur brisé ». Pendant longtemps, la science médicale a traité ce type d’incidents par le mépris, les mettant sur le compte de simples coïncidences.

C’est seulement depuis une vingtaine d’années que plusieurs équipes de cardiologues et de psychiatres se sont penchées sur ces « anecdotes ».

Ils ont découvert que le stress est un facteur de risque plus important encore que les cigarettes en ce qui concerne les maladies du cœur.

On a aussi appris qu’une dépression consécutive à un infarctus prédit le décès du patient dans les six mois avec plus de précision que toute autre mesure de la fonction cardiaque. Quand le cerveau émotionnel se dérègle, le cœur souffre et finit par s’épuiser.

Mais la découverte la plus étonnante est que cette relation est à double sens. À chaque instant, l’équilibre de notre cœur influence notre cerveau. Certains cardiologues et neurologues vont même jusqu’à parler d’un « système cœur-cerveau » indissociable.

Herbert Von Karajan a dit un jour qu’il ne vivait que pour la musique. Il ne savait sans doute pas lui- même à quel point c’était vrai : il est mort précisément l’année où il a pris sa retraite après trente ans passés à la tête de l’Orchestre philharmonique de Berlin. Mais le plus surprenant, c’est que deux psychologues autrichiens auraient pu le prédire.

Douze ans auparavant, ils avaient étudié la manière dont le cœur du maestro réagissait à ses différentes activités. Ils avaient enregistré les plus grandes variations alors qu’il dirigeait un passage particulièrement chargé en émotions de l’ouverture Lenora 3 de Beethoven.

En fait, il lui suffisait même d’entendre à nouveau ce passage pour que l’on observe pratiquement la même accélération du rythme cardiaque.Il y avait dans cette composition des passages bien plus éprouvants physiquement pour un chef d’orchestre. Pourtant, chez Karajan, ils ne donnaient lieu qu’à de faibles augmentations du rythme cardiaque.

Pour ce qui est de ses autres activités, Karajan semblait les prendre moins à cœur, si l’on peut dire. Qu’il fît atterrir son avion privé ou même redécoller en catastrophe, c’est à peine si son cœur en prenait note.

Le cœur de Karajan était tout entier dans la musique. Et quand le maestro a quitté la musique, son cœur ne l’a pas suivi.

Herbert von Karajan (1908 – 1989)
dirigeant l’Orchestre philharmonique de Berlin – Symphonie No.7 de Beethoven:

Source de l’article : l’excellent livre  « Guérir » de David Servan-Schreiber

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