L’amnésie collective est pire que l’impunité

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Dans toutes les sociétés où règne l’impunité, on cherche par tous les moyens à provoquer l’amnésie collective.

La majorité des populations victimes des dictatures ignorait l’ampleur des violations des droits de l’homme les plus élémentaires.

Il était difficile de croire ce que racontaient les victimes de la torture tant le système de destruction physique et psychique de la personne humaine. On peut d’ailleurs se demander si un des effets recherchés par les tortionnaires n’était pas justement de provoquer l’incrédulité générale par l’atrocité de leur acte.

Dans ces conditions l’enquête sur le passé est fondamentale : il s’agit de savoir ce qui s’est passé pour approcher la vérité, mais aussi pour apprendre. Car sans mémoire, il n’y a point d’identité.

Plus encore que les victimes de la torture, la situation des disparus symbolise un cas extrême de la  négation. La personne disparue n’appartient pas au passé, à la mémoire, puisqu’elle est l’objet d’un déni « continu » qui se prolonge indéfiniment dans le temps.

Au-delà de la souffrance des parents et des proches, garantir l’impunité des auteurs revient en définitive à nier la condition humaine du disparu.

Le « véritable » jugement est toujours moral et inscrit au patrimoine des peuples et de l’histoire, mais il suppose que les mécanismes de l’impunité aient été démontés et que le désastre social et économique ait été évalué. C’est là qu’intervient le rôle fondamental de la mémoire collective.

Il est important, par conséquent, de comprendre pourquoi impunité et mémoire vont de pair et quelles conséquences cela implique-il pour la société.

Au-delà de la quête élémentaire de justice de la part des victimes, la première obligation est d’empêcher par tous les moyens que l’histoire ne se répète. Que les leçons apprises dans une souffrance incommensurable se transforment en bénéfice non seulement pour ceux qui luttent pour cicatriser les blessures, mais aussi pour les nouvelles générations.

Le premier impératif pour y parvenir est de connaître en détail et dans toute son ampleur les conséquences de la catastrophe vécue. Mais se rappeler le passé pour en tirer de véritables enseignements suppose que l’on puisse en avoir une connaissance exacte.

Ce n’est jamais le cas pendant une période de dictature : la société toute entière a été soumise à la désinformation la plus totale, à l’isolement, la censure et à la peur. Ce sont des années de plomb, où la population a été emprisonnée et torturée dans le silence, s’évertuant à développer des mécanismes de survie.

Une société incapable de prouver que l’impunité n’a pas de droit de cité en son sein est prête à accomplir une sorte de suicide social.

Les tortionnaires qui déambulent librement dans la rue sont confortés dans leur conviction que l’acte terroriste, accompli dans le cadre de l’État, est plus efficace que n’importe quel autre.

En perpétuant l’impunité, on empêche également une véritable réconciliation nationale. On prive la société de tous moyens de renforcer l’état de droit, c’est à dire les institutions et la démocratie.

On entend beaucoup dire que revenir sur les événements passés, c’est raviver les blessures, au lieu de les cicatriser. Mais l’expérience historique montre qu’il ne suffit pas de laisser au temps le soin de guérir les plaies, que le mal reste enraciné dans la conscience nationale, perdure et évolue.

Le pardon, sans lequel il ne peut y avoir de réconciliation réelle, n’est ni l’oubli, ni l’indifférence, ni l’ingénuité. On confond trop souvent pardon et faiblesse, courage et vengeance.

La vérité est toute autre : contrairement à son acception populaire, le pardon est un acte difficile et risqué, il demande beaucoup de courage pour ne pas se laisser dominer par la vengeance et la haine.

Celui qui pardonne s’efforce de rompre le cycle sinistre dans lequel s’abîme toute communication humaine : il tente d’établir une nouvelle relation, en se basant sur la conviction que son bourreau  peut se transformer véritablement.

Cet acte ne peut donc être abstrait : on ne pardonne pas à quelqu’un si on ne connaît pas son identité, et encore moins à la place d’un autre, ou au nom d’un tiers.

Un gouvernement démocratique qui abdique face à l’amnésie collective lègue à ses citoyens un avenir de corruption et de profonde immoralité, vidant de tout son sens les notions même de démocratie et de paix.

Pour allez plus loin je vous propose de télécharger gratuitement le livre :  Ni pardon ni talion – La question de l’impunité dans les crimesni-pardon-ni-talion contre l’humanité de  Raoul Vaneigem 

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One thought on “L’amnésie collective est pire que l’impunité

  1. Il y a des crimes impardonnables et chacun d’entre eux enchaîne l’avenir. Comment aller vers la paix sans l’oubli de la haine ? Je vais lire cet ouvrage attentivement. Merci pour le partage🙂

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