Les mots sont des fenêtres – ou bien des murs (*)

Nuage de mots positifs
Nuage de mots positifs

(*) C’est le titre du livre de référence qui m’a fait découvrir les fondements et les mécanismes de la Communication Non Violente (CNV), processus mis au point par Marshall B. Rosenberg et développé dans son ouvrage (que je vous offre à la fin de cet article en téléchargement gratuit).

Je connaissais la sympathie, les conseils, la pitié, la moralisation et surtout les jugements, l’intolérance et le déni de responsabilité, que je reproduisais avec mon entourage. Au fil de mes lectures et mes rencontres, j’ai appris une nouvelle attitude de vie et intégré une manière différente de voir les autres et le monde.

L’impact sur ma vie fut magique et continue de l’être !

Commençons par la simple question “Comment vas-tu ?”Quand je la pose, est-ce que je m’intéresse vraiment à l’autre ? Ou est-ce juste une formule de politesse ? Comment est-ce que je réagis à ce que l’autre dit ? Si je réagis avec un jugement, une moralisation etc. ou tout simplement sans écouter, mon interlocuteur n’aura pas envie de me parler de ce qui le préoccupe. Par contre, un accueil empathique l’encouragera à s’exprimer ouvertement.

En CNV, cette qualité constitue la base de l’approche, une présence dans l’ici et maintenant pour ce qui est vivant. Une écoute éclairante qui offre de l’espace à l’autre pour se dire, pour trouver un contact profond avec soi-même, ses sentiments et ses besoins, pour mieux se connaître, peut-être pour pouvoir changer de perspective et trouver ses propres solutions.

Je vais en quelque sorte visiter le monde de l’autre avec lui, si c’est aidant, je reflète ce qui se passe pour lui et je le soutiens à préciser ses sentiments et ses besoins.

J’arrive à m’imaginer à sa place, tout en gardant une distance saine, sans me confondre avec lui. Parfois, une écoute silencieuse peut être appropriée, ce qui ne veut pas dire être passif. Je peux manifester mon intérêt et ma présence par la mimique, des gestes. Offrir à l’autre l’espace de s’exprimer pleinement lui permet de s’alléger. Ensemble nous pouvons ensuite porter notre attention vers les solutions ou demandes possibles.

Des signes indiquant que l’autre est soulagé sont une détente visible, un soupir, le silence prolongé. Si je suis incertaine, je peux toujours demander “‘As-tu autre chose à partager ?” S’il n’a rien à rajouter, je peux vérifier s’il est ouvert à entendre un retour de ma part. L’attitude est plus importante que la technique. L’empathie, définie par la CNV, est une qualité d’accueil inconditionnel de ce que vit l’autre, qui lui permet de trouver sa propre force et ses propres solutions.

Et si je n’arrive pas à être dans l’empathie envers l’autre ? Il n’y a pas d’empathie sans auto-empathie. Pour pouvoir accueillir l’autre, il est primordial de nous accorder de l’attention et de prendre soin de nous, de nous écouter.

Cela s’entraîne tout comme un muscle. Chaque fois que je suis moi-même dans la réaction contre l’autre, contre moi-même ou sur la défensive, j’ai l’occasion de m’entraîner à respirer et prendre du temps pour moi, pour vérifier mes sentiments et besoins. Cela me permet de créer de l’espace à l’intérieur de moi.

Les neurosciences expliquent que notre cerveau est programmé par les neurones miroirs à la capacité de coopération. Les processus empathiques provoquent la sécrétion de substances telles que la dopamine, l’ocytocine et des opioïdes endogènes et constituent ainsi un système de motivation vraiment bien pensé. Les effets sont bénéfiques sur la santé et préviennent le stress et le burn-out.

Le lien empathique tient la société ensemble et conduit à un bon fonctionnement des familles, des communautés et des équipes. Nous prospérons dans un environnement où nous sommes vus et entendus réciproquement. La créativité peut surgir en nous connectant aux besoins mutuels pour trouver chacun son compte.

Marshall Rosenberg a œuvré la majeure partie de sa vie pour contribuer à un changement social. Il rêvait d’une masse critique de personnes capables de relever les défis majeurs dans nos sociétés partout dans le monde et à pouvoir vivre ensemble dans la coopération et la tolérance.

La tolérance fait appel à une ouverture d’esprit, l’acceptation et le respect d’autrui, de ses valeurs, opinions ou autres. Les besoins de chacun ont la même valeur.

Les enfants ont besoin d’être entourés, dès la naissance, de personnes de référence qui favorisent le contact empathique.

C’est à travers l’exemple vécu par les adultes qu’ils peuvent développer à leur tour l’auto-empathie et l’empathie avec les autres. L’adolescence est une deuxième période-clé, ou le cerveau du jeune se réorganise et où c’est important d’offrir des repères empathiques.

Cette attitude d’adulte empathique donne envie aux jeunes. Ils peuvent se sentir en sécurité pour expérimenter, oser l’affirmation et la différence tout en apprenant l’authenticité dans le respect de soi et des autres. Cultiver l’empathie chez les jeunes, c’est prévenir le racisme et la discrimination.

La connexion via l’empathie permet de reconnaître l’humanité partagée avec autrui, mais aussi de nommer et apprécier les différences. Le regard dépasse les premières impressions et les étiquettes superficielles pour passer de la projection, où nous imaginons ce que nous ferions à la place de quelqu’un d’autre, à la compréhension et au respect de l’autre. Le but est de créer une connexion qui permet au moins de faire entendre et au mieux satisfaire les besoins des uns et des autres.

Il devient alors plus facile d’aborder les difficultés, de gérer les tensions et conflits et d’aller vers un mieux vivre.

« L’empathie est la « compréhension » des sentiments et des émotions d’un autre individu. En langage courant, ce phénomène est souvent rendu par l’expression « se mettre à la place de » l’autre. »

« La générosité et la tolérance ne passent pas par l’intermédiaire du savoir intellectuel. Si nous n’avons pas eu, enfants, la possibilité de vivre consciemment et de surmonter le mépris qui nous était infligé, nous le perpétuons. » [Alice Miller]

« La tolérance est la capacité d’accepter les points de vue d’autrui même s’ils diffèrent du nôtre. Elle s’apprend, en construisant par étapes un sens de l’empathie associant émotions et raison. Si ce processus est enrayé dans l’enfance, la pensée dogmatique s’imprime durablement dans les neurones. » [Serge Tisseron]

Les mots sont des fenetres (ou bien des murs) – Rosenberg, Marshall B

Liens pour les sites CNV :

http://www.cnvc.org/
 http://www.cnvsuisse.ch
 http://www.cnvformations.fr/

Source : Sciences humaines, février 2016

Par Bechir Houman

Retraité humaniste pacifiste

2 commentaires

  1. Merci beaucoup pour nous donner accès au contenu du bouquin directement. C’est vraiment un cadeau que de nous permettre de partager facilement et largement des idées aussi importantes et qui font autant de bien.

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