Pourquoi la dépression existentielle chez les surdoués ?

Une crise dépressive de type existentiel peut être identifiée en recherchant certains de ces symptômes communs :

  • Intérêt (qui frise l’obsession) à poser des questions profondes sur la vie, la mort, l’univers et le but de tout cela.
  • Perte d’intérêt pour presque tout le reste parce que dénué de sens.
  • Sentiments de déconnexion, de séparation, d’isolement et de solitude (vous coupez les liens avec les gens dans votre vie et vous vous sentez comme si vous n’aviez plus de place nulle part).
  • Une intolérance au statu quo de la société aux compromis, même les plus basiques.
  • Paralysie fonctionnelle causée par l’absence de motivation ou d’inspiration (On ne peut plus se résoudre à faire quoi que ce soit de concret car au final nos actions n’ont plus de sens).
  • Sentiment diffus « d’engourdissement » ou de « vide ».
  • Manque d’énergie et de vitalité
  • Pensées suicidaires.

Pourquoi les surdoués sont-ils sujets à la dépression existentielle ?

  • Parce ce qu’ils sont plus disposés à penser aux sujets de fonds : C’est en partie parce qu’il faut penser et réfléchir sérieusement à ces préoccupations ultimes plutôt que de se concentrer sur des aspects superficiels de la vie quotidienne. Or les surdoués sont d’infatigables « chercheurs de sens » : ces questions si fondamentales, parce qu’elles n’ont qu’un sens relatif, tourne en boucle chez la plupart d’entre eux.
  • Parce qu’ils sont généralement plus idéalistes : Parce que les surdoués sont capables d’envisager choses les plus courantes sous l’angle de ce qu’elles pourraient être, ils sont plus naturellement portés vers l’idéalisme. Mais en parallèle, leur grande lucidité les ramènent constamment (voir violemment) à la réalité ! Et comme ils sont généralement hypersensibles,  les surdoués ressentent plus vivement la déception et la frustration qui se produit quand les idéaux ne sont pas atteints voir – pire encore – atteignables.
  • Parce qu’ils repèrent systématiquement  les incohérences, l’arbitraire et les absurdités des sociétés et des comportements qui les entourent. Les traditions sont remises en question ou contestées. Par exemple, pourquoi imposer des restrictions aussi strictes à l’âge ? Ne devrait-on pas privilégier l’entendement – qui est décorrélé de l’âge ? Pourquoi les gens adoptent-ils des comportements hypocrites où ils disent une chose et en font une autre ? Pourquoi tant de personnes sont-elles si irréfléchies et indifférentes dans leurs rapports avec les autres ? Quelle différence la vie d’une personne peut-elle faire dans le monde ?
  • Parce que quand ils soulignent ces incohérences, le monde se ferme. Ceci est particulièrement vrai lorsque les enfants surdoués essaient de partager ces préoccupations avec d’autres. Ils sont alors confrontés à des réactions allant de l’incompréhension à l’hostilité en passant par le plus total désintérêt. Ils découvrent que d’autres, surtout ceux de leur âge, ne partagent manifestement pas ces préoccupations, mais se concentrent plutôt sur des questions plus concrètes et s’adaptent aux attentes des autres.  Ils s’en retrouvent donc encore plus isolés.
  • Et que par conséquent ils éprouvent une improductive colère et une angoisse du vide : La réaction des jeunes surdoués à ces frustrations est souvent celle de la colère. Mais ils découvrent rapidement que leur colère est futile, car elle est vraiment dirigée vers le « destin » ou vers d’autres choses qu’ils ne peuvent pas contrôler. La colère impuissante évolue rapidement vers la dépression.

Dans une telle dépression, les surdoués essaient généralement de trouver un sens, un point d’ancrage qu’ils peuvent saisir pour se sortir du bourbier de « l’injustice ».

Néanmoins, le plus souvent, plus ils tentent de s’en sortir, plus ils prennent conscience que leur vie est finie et brève, qu’ils sont seuls et ne sont qu’un tout petit organisme dans un monde assez vaste, et qu’il y a une liberté effrayante quant à la façon dont on choisit de vivre sa vie.

C’est à ce moment-là qu’ils remettent en question le sens de la vie et demandent : « Est-ce la toute la vie ? N’y a-t-il pas un sens ultime ? La vie n’a-t-elle de sens que si je lui donne un sens ? Je suis un petit organisme insignifiant qui est seul dans un monde absurde, arbitraire et capricieux où ma vie peut avoir peu d’impact, et puis je meurs. C’est tout ce qu’il y a? »

Cette crise existentielle est particulièrement néfaste chez les jeunes surdoués. Ces inquiétudes ne sont pas trop surprenantes chez les adultes réfléchis qui traversent des crises de la quarantaine.

Pour résumer : 11 motifs de crise existentielle chez les surdoués

  1. Isolement et solitude, en raison du sentiment d’être différent et de ne pas être vu ou compris par les autres.
  2. Faible estime de soi. Le sentiment persistant de ne pas s’intégrer (et potentiellement d’avoir été victime de brimades ou d’ostracisme quand on est plus jeune) peut mener à une mauvaise image de soi. Les individus surdoués se demandent ce qui ne va pas chez eux parce qu’ils semblent si en désaccord avec ceux qui les entourent. Ils peuvent aussi se comparer à d’autres, et leur perfectionnisme et leur lucidité sur leurs faiblesses peuvent les amener à s’auto dévaloriser comme s’ils n’étaient pas à la hauteur ou, au contraire, à juger les autres trop sévèrement.
  3. Malaise social. Les personnes douées peuvent trouver les intérêts ou la conversation des autres ennuyeux ou superficiels, ou ne pas comprendre pourquoi les autres ne voient pas le monde comme ils le voient. Ils peuvent avoir de la difficulté à participer socialement ou à se faire des amis.
  4. Difficulté de couple. Trouver des partenaires potentiels qui sachent les stimuler sur des suffisamment pour assurer une relation satisfaisante peut être très difficile pour les personnes surdouées. De même, les surdoués ont tendance à être plus androgynes (intellectuellement bien sûr), ce qui peut remettre en question les normes sociales relatives au rôle de genre.
  5. L’idéalisme des surdoués, la conscience aigüe et la capacité intellectuelle nécessaire pour se concentrer sur des problématiques métaphysique peuvent conduire à des sentiments de désespoir et d’insignifiance. Celles-ci peuvent être persistantes et récurrentes tout au long de la vie.
  6. Déception et frustration, avec l’incapacité des autres à suivre le rythme, l’apparente indifférence à l’égard de ce que les individus surdoués considèrent comme des impératifs moraux, ou avec le monde qui n’a pas de sens.
  7. Volonté de s’engourdir au travers de stupéfiants. En tentant de gérer l’intensité de leurs émotions et leur sensibilité accrue ou de faire face à des sentiments douloureux de solitude ou de dépression, les personnes douées peuvent trouver des moyens de « s’engourdir ». Cela ne fait qu’accentuer l’auto-dévalorisation et le sentiment d’insignifiance.
  8. Difficulté à prioriser les actions ou les « chemins ». La multipotentialité des adultes surdoués signifie qu’il y a un sentiment constant d’urgence à vouloir poursuivre de nombreux intérêts en même temps, et il peut être difficile d’exclure des options ou de s’engager. D’où une impression diffuse d’échec.
  9. Difficulté à tolérer des périodes de manque de direction ou d’ennui. Une fois qu’un domaine de développement personnel a été exploré, les adultes surdoués peuvent s’ennuyer et donc prêts pour le prochain défi. Or il faudra peut-être un certain temps avant qu’une nouvelle orientation ne se dessine. En attendant l’ennuie accentue l’insignifiance.
  10. Manque d’épanouissement. Beaucoup d’adultes surdoués ont une liste impressionnante de réalisations et de talents, mais peuvent encore se sentir insatisfaits. Parfois, il est difficile de trouver un sens lorsque que l’on peut voir comment on pourrait régler un problème, mais se sentir incapable d’avoir un impact sur le monde et donc sur le problème en question.
  11. Erreur de diagnostic. Étant donné que de nombreux psychologues et éducateurs ne sont pas conscients des différences fondamentales liées aux surdoués, ils peuvent mal interpréter et « pathologiser » les pensées, les sentiments et les comportements typiques de cette population. Dans certains cas, cela mène à un diagnostic inapproprié de troubles mentaux.

Pour aller plus loin :

 

Par Bechir Houman

Retraité humaniste pacifiste

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